La rentrée. Le stress, les tatonnements sociaux maladroix et le cartable trop lourd. La chose première qui m'obnubile est purement scolaire mais quand même, je ne peux pas m'empêcher. J'observe minitieusement et je scrute visages et silhouettes. Non pas les garçons, car je suis encore trop jeune pour être sensible à ce genre d'émois, ça n'est pas mon attirance en gestation pour le sexe masculin qui m'intéresse à ce moment là. Non, j'observe avec attention toutes les nouvelles filles de ma classe. Je veux juste voir laquelle est la plus jolie, celle à qui je voudrais ressembler et qui pourra me servir de modèle toute l'année. Besoin de me comparer même si la comparaison ne joue pas en ma faveur.
Et puis, la belle est là. Je l'ai repérée du coin de l'oeil. Elle a les cheveux épais et bouclés comme les miens sont raides et fins. Blonde comme je suis châtain. Et belle, vraiment très belle. Je suis fascinée par son allure, son port de tête et sa froideur. Et alors le complexe et la comparaison physique s'imposent à moi. Et je l'envie tout simplement. Ca n'est pas de la jalousie malveillante. Au contraire, c'est de l'admiration; elle me fascine et je comprends vite que son pouvoir de fascination ne s'exerce pas que sur moi.
Elle se sait magnifique et déambule avec une maturité déconcertante et décalée. Sa beauté lui est vraiment intrinsèque. Ce ne sont pas ses vêtements, ni sa coiffure ou ses bijoux. Non, car j'ai acheté les mêmes, et sur moi pourtant...non. Je découvre une nouvelle catégorie de filles, non pas une catégorie sociale, pas plus riche, ou même plus maligne, pas des catégories que je connais déjà. Il s'agit bien d'une catégorie physique, celle des filles inhéremment vraiment jolies. Je ne me trouve pas moche à ce moment-là, non ça n'est pas le propos, et moi aussi, déjà j'arrive à plaire. Mais avec tellement moins de grandeur qu'elle; je me sens juste transparente à côté d'une beauté tellement évidente.
Et toutes mes années collège je passe mon temps à la regarder et à tenter de lui ressembler le plus possible, je n'arrive pas à détacher mon regard de son harmonie.
Je la revois plus tard. Et je ne suis plus fascinée, plus du tout. Peut-être d'une part parce-que j'ai plus de confiance en moi, que d'autres belles, j'en ai vu plein et que je mute, que mes comparaisons commencent à se mouvoir. Mais pas seulement.
A être trop jolie trop tôt, elle n'a pu évoluer physquement, et son cadeau devient fané.
La beauté est une arme. J'en suis persuadée. Mais trop beau trop tôt, on a du mal à se construire autrement...Et trop jolie trop petite, c'est peut-être un obstacle.
Son harmonie physique n'a pas changé, mais il a commencé à lui manquer
quelque chose d'autre que l'alignement parfait, la lisseur. Le reste. C'est le reste qui rend beau.
La beauté n'est pas uniquement innée, mais se construit, murit. Elle peut se révéler chez certaines pendant qu'elle s'effondrera chez d'autres. La beauté est un processus réfléchi qui se pense. Oui, être belle ça se pense et ça se réfléchit. Devenir belle est un mécanisme d'évolution. C'est ainsi qu'on peut passer de vaguement insignifiante à sublime par la suite. Il faut se coloriser et s'harmoniser soi-même pour être réellement belle. C'est là que la beauté prend tout son sens, devient un atout avec une réelle épaisseur.
Bon...ça fait très pseudo-essai pompeux sur la beauté, métaphysique et théorique....Mais tout ça pour dire juste, qu'être très belle très jeune n'est pas forcément un cadeau. Mais qu'il faut créer sa beauté. Construite du beau et exploiter ses charmes en devenir.
Puis qu'être jolie, c'est néanmoins vraiment important. Au moins aussi important qu'être maligne. C'est pour ça que tous les apparats de coquetterie ne sont pas superflus, non. Et ça n'est pas synonyme de bêtise, de béatitude ou de stérilité intellectuelle. Au contraire, c'est preuve de réflexion, de raison, de médiation. Plus qu'une beauté spontanée, une beauté créée devient fascinante.
Alors travaillons à être belles mesdemoiselles, soyons intelligemment jolies mes beautés....^^